« Les biographies sont des leçons de vie exceptionnelles »

Rencontre avec Valentin Decker

Entrepreneur et freelance, Valentin Decker écrit depuis 2016 et trouve son inspiration essentiellement dans les livres : « un moyen exceptionnel de s’ouvrir à d’autres idées, s’enrichir, développer une base large de connaissances et progresser sur tous les aspects de sa vie. » Avec son associé Jean-Charles Kurdali, il vient de lancer le Club Longue Vue, qui propose chaque mois une biographie inspirante. Interview.

La box Longue Vue créée par Valentin Decker et Jean-Charles Kurdali fait découvrir chaque mois une biographie inspirante.

Comment as-tu découvert les biographies et pourquoi te fascinent-elles à ce point ?

Lorsque j’ai débuté en tant qu’entrepreneur, je me suis posé un grand nombre de questions sur ce que je voulais faire, construire… En parallèle, j’ai commencé à beaucoup lire. Et c’est comme cela que j’ai découvert les biographies, un peu par hasard. J’en voyais souvent passer et je me suis dit qu’il serait intéressant de découvrir la vie de personnes que l’on connait sans les connaître vraiment.

Rapidement, j’ai découvert que les biographies ont deux spécificités que l’on ne retrouve pas dans les autres ouvrages. La première, c’est qu’à la différence des livres plus pratiques de développement personnel – qui présentent souvent une méthode unique – les biographies laissent l’opportunité à chacun de retenir les éléments qui le touchent vraiment, qui font écho à son histoire, à sa situation, à son parcours et à ses envies.

Le second, c’est qu’en trois cents ou quatre cents pages, une biographie nous plonge dans la vie d’un personnage fascinant. Tu découvres l’ensemble de son parcours : ses échecs, ses succès, ses réussites… Tu vois aussi – et surtout – comment la personne a appréhendé chaque situation au-delà du simple résultat et comment elle a mûri ses décisions, ses choix… C’est hyper enrichissant ! Il existe peu de formats aussi immersifs. C’est la raison pour laquelle je considère les biographies comme de vrais trésors : ce sont des leçons de vie exceptionnelles.

Quelles sont les biographies qui t’ont particulièrement marqué ?

Il y en a plusieurs. La première que j’ai lue, c’est celle d’Elon Musk (le chef d’entrerpise et ingénieur sud-africain). Cette biographie très connue peut paraître un peu « cliché », mais elle m’a énormément inspiré. Elle m’a convaincu du développement potentiellement illimité de l’être humain, du fait que lorsque l’on se donne les moyens et que l’on travaille, tout est possible !

À cette époque, je m’interrogeais sur ce que je voulais faire, sur le chemin que je voulais prendre… L’exemple concret d’Elon Musk – qui, à la force de son travail, a développé des solutions dans des domaines aussi différents que le solaire, l’énergie, l’automobile, le spatial, etc. – a été précieux pour moi. Surtout à ce stade de ma vie.

Je me souviens aussi d’avoir lu la biographie du fondateur de Nike, Phil Knight. Aujourd’hui, la renommée de Nike est planétaire mais l’ascension de son fondateur – contrairement à celle d’Elon Musk – n’a pas été fulgurante. Et j’ai adoré plonger dans les coulisses de la création de la marque. L’histoire de Nike, c’est celle d’une boîte qui a fait de l’achat-revente de chaussures pendant dix ou vingt ans et qui a galéré pour survivre. Alors oui, cinquante ans plus tard, c’est l’une des entreprises les plus connues au monde, mais n’oublions pas la moitié de l’histoire… Lorsque l’on est soi-même dans une phase de lancement, de doute ou que le succès n’est pas immédiat, c’est très rassurant.

Ce type de récit biographique nous rappelle que les choses prennent du temps, que c’est compliqué au début, que tout le monde passe par-là et que c’est normal ! Souvent, on a tendance à ne retenir que les succès des personnes célèbres ; les biographies, grâce au biais rétrospectif, donnent une vue d’ensemble beaucoup plus fidèle à la réalité.

J’ai lu des dizaines d’autres biographies depuis, mais au début de mon aventure entrepreneuriale, ce sont les deux qui m’ont le plus marqué. Elles sont aux antipodes l’une de l’autre : celle d’Elon Musk incite à penser que les possibilités de chacun sont infinies ; celle de Phil Knight permet de relativiser l’échec. À chacun de piocher ce qui l’intéresse.

Les biographies ont servi de guides pour Valentin Decker et Jean-Charles Kurdali. Aujourd’hui, ils souhaitent partager leurs découvertes avec les lecteurs du Club Longue Vue.

Les biographies donnent accès au parcours de personnes inaccessibles dans la vie réelle…

Bien sûr ! Mais ce qui est génial avec les livres – et plus particulièrement avec les biographies – c’est que tu peux te recréer un petit cercle de mentors exceptionnels. Tu ne les fréquentes pas… mais paradoxalement, tu connais tout de leur vie et de leurs aventures. Et indirectement, ils t’inspirent, ils te conseillent, ils te motivent, ils te tirent vers l’avant… Je trouve ça dingue !

Désormais, je lis les biographies sous cet angle. Je me demande à chaque fois : « Qu’est-ce que cette personne peut m’apprendre ? Quel enseignement tirer de son parcours ? » Je me recréé un petit cercle autour de moi, un petit conseil de sages à solliciter en cas de besoin. Face à un problème ou à une situation délicate, je peux me demander : « Qu’est-ce que cette personne aurait fait à ma place ? »

« Avec les biographies, on peut se recréer un petit cercle de mentors exceptionnels : ils t’inspirent, te conseillent, te motivent et te tirent vers l’avant. »

Tu te poses souvent cette question ?

Oui, cela m’arrive. Je pense souvent, par exemple, à Jackie Chan (l’acteur de kung-fu), que j’ai découvert à travers sa biographie. Lui, son truc, c’étaient les cascades d’arts martiaux. Il était passionné, il a énormément travaillé, il a tout fait pendant de nombreuses années pour percer dans son domaine… sans succès. Il a galéré très longtemps avant de se faire remarquer. Sa persévérance nous enseigne qu’il est essentiel de penser à long terme. Parfois, on a tendance à se dire : « J’ai essayé six mois. Ça ne marche pas, donc je laisse tomber. » Les biographies nous montrent qu’en réalité il faut essayer pendant cinq ans, dix ans avant de pouvoir se dire : « J’ai vraiment essayé. »

Les biographies te donnent accès aux faiblesses, aux erreurs réalisées par la personne… Est-ce que tu en retires un enseignement ?

Ce que je retiens de manière générale, c’est que rien n’est tout noir ou tout blanc ; il n’y a que des nuances de gris. L’autobiographie de Jérôme Kerviel (le trader inculpé en 2008) est très éclairante à cet égard. Dans son livre, Kerviel donne sa version de l’histoire et cela permet de mieux comprendre la complexité de la situation. Même chose pour le faussaire Guy Ribes, sur lequel j’ai écrit un article pour Longue vue. Si l’on regarde la situation de l’extérieur, on peut facilement faire des raccourcis : Guy Ribes a réalisé des faux tableaux pendant vingt ans. Donc il a arnaqué les gens. Donc il est néfaste pour la société.

Mais sa biographie nous permet de creuser davantage, de comprendre son cheminement, pourquoi il en est arrivé là, quel a été le contexte, le terreau pour que cette plante pousse. En lisant sa version des choses, on s’attache à son personnage ; et on se rend compte que ceux que l’on appelle les « méchants » de l’Histoire sont des êtres humains comme nous, avec leurs ambitions, leurs passions, leurs peurs… C’est la nature humaine dans toute sa splendeur. Les livres de fiction peuvent, de la même manière, nous faire ressentir la profondeur des personnages. Mais ce qui est incroyable avec les biographies, c’est que l’on a affaire à des hommes et des femmes qui ont existé !

L’Histoire est toujours plus complexe que ce qu’elle en a l’air. Les événements sont souvent relatés par les « vainqueurs », mais est-ce pour autant que leur version est la bonne ? Dans le cas de Guy Ribes, le marché de l’art l’incitait indirectement à peindre des tableaux « à la manière de. » Certains peintres – conscients que son activité faisait grimper la cote de leurs œuvres – l’encourageaient même dans cette voie. Au final : oui, Guy Ribes a réalisé des faux ; mais c’était aussi un artiste talentueux et plutôt flamboyant dans son genre ! Les récits manichéens font fausse route. Il n’y a ni « méchants », ni « gentils » ; tout est une question de perspective.

Ceci renvoie à la question de la vérité. Finalement, une biographie est forcément subjective…

Bien sûr ! L’autobiographie reflète le point de vue de son auteur. Et la biographie est biaisée, elle aussi. Le biographe a son prisme, sa manière de voir les choses, ses valeurs, son environnement… Prenons l’exemple de l’historien anglais Paul Johnson. Il a écrit plusieurs biographies, dont celle de Churchill et Platon. Dans celle de Napoléon, il présente le personnage comme un tyran mégalomane qui a conquis l’Europe en asservissant les peuples : c’est une image très éloignée de celle que l’on cultive en France ! Mais Paul Johnson présente le point de vue anglais (celui de l’ennemi de Napoléon). Cette différence de perception m’a beaucoup marqué. Finalement, la biographie permet de présenter des personnages, des époques, des situations sous différents angles. C’est super enrichissant !

Effectivement, lorsqu’il existe plusieurs biographies d’une même personne, ce n’est pas toujours la même facette qui est mise en avant…

Exactement. Mais c’est là aussi que c’est intéressant parce que l’auteur – même de manière inconsciente – y met toujours un peu de lui. Il y met ce qui l’intéresse. Et c’est pour cela aussi que certains biographes sont des stars. Je parlais tout à l’heure de Paul Johnson : je trouve toutes ses biographies passionnantes. Même si je ne connais pas la personne, même s’il s’agit d’un destin « ordinaire ». Je sais qu’en lisant cet auteur, je vais prendre du plaisir parce que son angle d’attaque me passionne. Il décortique la mécanique du pouvoir et cherche invariablement à répondre aux questions suivantes : comment le personnage s’est-il construit ? Dans quel environnement a-t-il grandi ? Quelles étaient ses ambitions, ses faiblesses ?

« La biographie permet de présenter des personnages, des époques, des situations sous différents angles. »

Du coup, cette passion pour la biographie, tu souhaites désormais la partager avec un Club Privé de lecteurs : peux-tu nous présenter le projet Longue Vue ? Comment est-il né?

Le projet Longue Vue est né de nombreuses discussions avec mon associé, Jean-Charles Kurdali. Nous sommes tous deux passionnés par la littérature et par l’industrie du livre. Nous passons chacun plusieurs heures par jour à lire ou à parler de bouquins. L’idée de créér un projet dans ce domaine s’est donc rapidement imposée à nous. Nous avons exploré plusieurs idées avant de nous arrêter à la biographie. La piste « business » nous intéressait au départ, mais nous avons fini par l’écarter : la présentation d’une vision unique du monde ou d’une seule manière de faire nous semble trop restrictive.

De mon côté, j’ai commencé à m’intéresser de plus en plus aux récits de vie. En février dernier, j’ai écrit un article sur mon grand-père : pendant deux après-midis, il m’a raconté son parcours, la guerre… C’était fascinant ! J’adorerais écrire une biographie sur lui. On valorise beaucoup l’expérience – à juste titre – mais, pour cela, quoi de mieux que de s’intéresser à l’histoire d’autres personnes, y compris nos proches ? D’aller voir comment elles ont fait, ce qu’elles ont traversé, comment elles s’y sont pris… Lorsque l’on est confronté à un problème, il me semble que la meilleure solution est de s’adresser à ceux qui les ont surmontés avant nous. Ils peuvent nous permettre de ne pas répéter leurs erreurs. Mais pour l’instant, la valeur de ces leçons de vie est largement sous-estimée.

Jean-Charles et moi avons donc creusé la piste des biographies. Nous aimions l’aspect éclectique, le fait qu’elles puissent nous emmener sur des terrains très différents : musique, cinéma, théâtre, politique, entrepreneuriat… Et comme je l’ai dit plus haut les biographies nous ont beaucoup aidés sur le plan personnel et professionnel. Alors on s’est dit : « Pourquoi on ne partagerait pas nos meilleures découvertes biographiques ? » On en a déjà lu beaucoup et depuis quelques mois, on en lit encore plus ! Les récits qui nous intéressent vont au-delà du style narratif. Ce n’est pas le détail des événements qui nous passionne, mais davantage l’analyse des « pourquoi ».

Le Club Longue Vue proposera aux abonnés de donner leur point de vue sur les livres proposés.

Comment fonctionne Longue Vue concrètement ?

Le projet Longue Vue s’adresse à tous les lecteurs curieux, à ceux qui veulent apprendre et progresser et bien sûr aux fans de biographies. On propose d’envoyer tous les mois une biographie à nos abonnés dans une belle box. À chaque fois, on aimerait les surprendre, qu’ils se disent : « Ah, je n’aurais jamais pensé que cet homme-là avait une vie aussi extraordinaire ! » Nous souhaitons couvrir des univers très différents grâce à une ligne éditoriale combinant surprise, variété et surtout inspiration. Nous choisirons des destins qui nous marquent – pas forcément les plus connus – et qui ont de fortes chances d’inspirer d’autres personnes.

On veut jouer au maximum sur le côté Club Privé avec un forum de discussion, des sessions Zoom autour de la lecture du livres, l’invitation de l’auteur lorsque c’est possible et/ou de spécialistes. Pour les abonnés à Longue Vue, l’objectif est d’être accompagné dans la lecture des biographies et de pouvoir donner sa clé de compréhension et son regard sur le livre. Et avec Jean-Charles, on pourra rentrer en contact avec les auteurs : la réalisation d’un vieux rêve !

De manière globale, nous souhaitons montrer qu’il n’y a pas que des biographies assommantes et académiques ! Certaines se lisent comme des histoires. C’est d’ailleurs aussi pour cela que l’on a choisi ce type de livres : parce qu’ils se lisent comme des histoires. Et parce que ce qui rassemble et ce qui fait progresser l’être humain depuis toujours, ce sont les histoires. Finalement, avec Longue Vue, notre ambition est de créer un mouvement qui rassemble tous ceux qui souhaitent apprendre, s’inspirer et changer de vie grâce à la lecture de biographies hors du commun. Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011 et auteur du livre J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond, a été notre premier invité : il a présenté sa biographie de John Muir en visioconférence en avant-première début septembre.

« Nous proposons d’envoyer tous les mois une biographie exceptionnelle dans une belle box à nos abonnés. »

Qu’avez-vous prévu pour le lancement ?

Nous avons organisé une campagne de crowdfunding pour couvrir les frais de commande, d’expédition et de logistique.

Cette campagne – qui commence le 15 septembre – nous permettra aussi de fédérer une communauté autour du projet et d’organiser un bel événement. Nous comptons sur la mobilisation de la communauté dès les premiers jours pour donner vie à ce projet. Toutes les contributions sont les bienvenues !

Vous avez aussi le projet de créer une maison d’édition…

Oui, à terme nous aimerions éditer nos propres biographies. D’abord traduire certaines biographies étrangères qui ne sont pas traduites en français, puis dénicher des destins hors du commun pour les mettre en mots. Tout cela prend plus de temps, c’est plus compliqué, il faut plus de ressources… Mais c’est notre vision à long terme du projet.

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