« Une biographie ? Je n’ai rien à raconter… »

Toute vie mérite un livre

Lors du premier entretien, les personnes que j’accompagne dans la rédaction de leur biographie me disent souvent, sur un ton inquiet : « Je ne suis pas sûr·e d’avoir grand-chose à raconter… ». Cette réaction – même si je la comprends – me perturbe toujours un peu parce que j’ai l’intime la conviction que toute vie est unique et extraordinaire. Que toute vie mérite un livre.

L’immersion dans les souvenirs d’enfance balaie rapidement ces premières craintes. Au fil des entretiens, un lien fort s’installe. Le narrateur dresse le décor et nous intégrons les personnages au récit. La mémoire sensorielle est activée : nous évoquons les couleurs, les odeurs, les saveurs du passé, mais aussi les amis, la famille, le travail, les passions de chacun·e. Les éléments essentiels se révèlent progressivement. L’histoire prend forme et s’enrichit de mille détails.

La remise des textes : un moment émouvant

Corrections, mise en page, impression… Nous façonnons ensemble, sur-mesure et à notre rythme, le livre d’une vie. Puis vient la remise des textes, un moment toujours très émouvant.

En novembre dernier, j’ai ainsi remis son livre à Marie, qui fait partie des belles personnes croisées dans le cadre de mon activité. Marie est une nonagénaire fluette, très souriante. Sans histoire, en apparence. En apparence seulement parce que Marie a grandi à l’Assistance publique dans les années 1950. À cette époque, les orphelins étaient placés dans les fermes. Ils étaient très peu considérés et fréquemment maltraités.

Lorsque sa petite-fille Joséphine lui a suggéré d’écrire son histoire, Marie a beaucoup hésité. Était-ce bien nécessaire ? Qui ce récit pourrait-il intéresser ? Et puis elle s’est lancée et en quelques mois, nous avons co-écrit sa biographie : un beau livre de cent-cinquante pages abondamment illustré.

« J’ai réalisé mon rêve : partager mon histoire. »

Marie

Marie m’a confié récemment : « J’ai réalisé mon rêve : partager mon histoire. J’ai vendu soixante-dix exemplaires, je n’en reviens pas. Et surtout, mes amis me regardent différemment, ils ont l’impression de me redécouvrir. Quand je pense que j’ai attendu quatre-vingt-dix ans ! »

Son témoignage m’a énormément touchée. Dans un sourire, je lui ai rappelé sa crainte de départ : le manque d’inspiration.

NB : dans un souci de confidentialité, les prénoms ont été modifiés.